Assassinat des journalistes au Cameroun : L’Onu rappelle la  nécessité d’enquêtes indépendantes, efficaces et impartiales

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Les dirigeants de l’Etat du Cameroun n’ont rien dit  au sujet de la mort  de Ola Bebe, homme des médias. Selon l’Organisation des Nations Unies, Ola Bebe et Martinez Zogo étaient tous deux des voix franches contre la corruption, utilisant leurs tribunes à la radio pour dénoncer les détournements présumés de fonds publics.

Deux jours avant la célébration, le  11 février 2023, de la 57eme édition de la fête de la jeunesse au Cameroun, le Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’Organisation des nations unies (Onu ) a dit être « profondément préoccupé » par la sécurité des journalistes dans le pays. Ce haut fonctionnaire international se fonde sur l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politique ratifié par le Cameroun et qui impose : « 1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions. 2. Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix. »

Travail des journalistes sans crainte des représailles

Seulement,  lors de son adresse à la jeunesse, le 10 Février  2023, le Président de la République, Paul Biya, n’a rien dit au sujet de l’affaire Martinez Zogo, enlevé et assassiné courant janvier. Le site d’informations de l’ONU (https://news.un.org/fr), rappelle le Haut-commissariat, que Jean-Jacques Ola Bebe, présentateur radio et prêtre orthodoxe, a été retrouvé mort le 2 février près de son domicile, dans le quartier de Mimboman, dans la capitale Yaoundé, apparemment abattu par des inconnus. Rien n’a aussi été dit par le gouvernement au sujet de la mort de cet homme des médias.

 « Ola Bebe et Martinez Zogo étaient tous deux des voix franches contre la corruption, utilisant leurs tribunes à la radio pour dénoncer des cas de détournement présumé de fonds publics. Ces dernières semaines, Ola Bebe a été le premier à demander que justice soit faite et que les coupables répondent de l’assassinat de Martinez Zogo, son proche associé », a précisé le porte-parole du Bureau des droits de l’hommede l’Onu à Nairobi, Seif Magango, dans une déclaration. En janvier, au moins trois autres journalistes camerounais ont signalé qu’ils avaient reçu de sérieuses menaces de la part de personnes non identifiées, selon le porte-parole.

«Les autorités camerounaises doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour créer un environnement propice au travail des journalistes sans crainte de représailles, et pour faire respecter le droit à la liberté d’expression tel qu’il est garanti par le droit international relatif aux droits humains, et également énoncé dans la Constitution du Cameroun», a déclaré M. Magango.

Le Bureau des droits de l’homme de l’Onu a noté que le Président camerounais Paul Biya a ordonné l’ouverture d’une enquête sur le meurtre de Martinez Zogo et que certaines arrestations ont été effectuées. Le fonctionnaire de l’Onu sollicite aux autorités « de veiller à ce que le meurtre d’Ola Bebe fasse également l’objet d’une enquête indépendante, efficace et impartiale et que les responsables de ces meurtres, à tous les niveaux, soient tenus pour responsables ». Car, précise le porte-parole du Bureau des nations unies aux droits de l’Homme, Seif Magango, «une presse libre, indépendante et diversifiée est essentielle pour que les citoyens soient informés et en mesure de demander des comptes aux institutions publiques.» 

L’État de droit continue de se fissurer…

La présidence de la République  du Cameroun, à travers un communiqué signé par Ferdinand Ngoh Ngoh, son secrétaire général,  a annoncé des arrestations le 2 février, mais depuis, aucune précision officielle n’est venue compléter cette déclaration. On sait que plusieurs cadres et membres de la Direction générale du renseignement extérieur (Dgre), le service de contre-espionnage, font partie des individus interpellés. Jean-Pierre Amougou Belinga, patron de la chaîne de télévisons Vision 4,  plusieurs de ses proches et collaborateurs sont arrêtés depuis le début de la semaine.

Selon le site de Radio France Internationale(Rfi), Reporters Sans Frontières  soutient que d’après plusieurs sources proches du dossier, les enquêteurs ont entre leurs mains des éléments – des relevés téléphoniques par exemple – qui corroborent le récit attribué à Justin Danwe. Ce directeur des opérations spéciales des services de renseignement aurait avoué avoir pris part à l’enlèvement et aux tortures infligées à Martinez Zogo, le 17 janvier. Un récit qui, selon Rfi , présenterait Jean-Pierre Amougou Belinga comme l’instigateur ayant voulu se venger de l’animateur de radio qui, dans son émission quotidienne Embouteillages, très écoutée à Yaoundé, avait révélé des documents mettant en cause l’homme d’affaires et plusieurs hautes personnalités pour des faits de corruption. Me Charles Tchoungang, avocat de Jean-Pierre Amougou Belinga, parle d’une « cabale médiatique », d’une « campagne à sens unique » et affirme que son client perçoit ce qui lui arrive comme une « machine en marche contre lui.»

Signalons que, le 16 janvier 2023, un jour avant l’enlèvement de Martinez Zogo à Yaoundé, l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture(Unesco), tirait la sonnette d’alarme au sujet des menaces sur  la sécurité des journalistes dans le monde.  D’après  le site https://news.un.org/fr, « l’augmentation du nombre de meurtres durant l’année 2022 marque un renversement de la tendance positive observée ces dernières années pour la sécurité des journalistes : de 99 meurtres commis en 2018, le bilan était tombé à une moyenne à 58 meurtres par an de 2019 à 2021, selon l’Observatoire de l’Unesco des journalistes tués. « Ces chiffres rappellent qu’à travers le monde, l’État de droit continue de se fissurer, et témoignent de l’incapacité des États à remplir leurs obligations en matière de protection des journalistes, de prévention et de poursuite des crimes à leur encontre », déclare l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture dans un communiqué de presse. Une situation contre laquelle, il faut se liguer dit  Charlie Tchikanda, directeur exécutif de la ligue des droits et libertés, une organisation de défense des droits humains basée à Bafoussam. Car, pour ce défenseur des droits humains, le meurtre de toute personne, journaliste ou pas,  constitue une violation de  l’article  6 du Pacte international relatif aux droits civils et politique qui prescrit :  1. Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie. De même, se rappelant ses sévices subis respectivement par Martinez Zogo et Ola Bébé par leurs bourreaux,   le militant de la société civile camerounaise rappelle l’article 7 de ce texte qui indique : « Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. En particulier, il est interdit de soumettre une personne sans son libre consentement à une expérience médicale ou scientifique. » 

En représailles pour des reportages sur le crime organisé

 A la lecture de https://news.un.org/fr, il est à souligner que l’Unesco déplore qu’en dépit des progrès réalisés au cours des cinq dernières années, le taux d’impunité pour les meurtres de journalistes reste particulièrement élevé (86%), ce qui entrave le travail des journalistes et met en péril la liberté d’expression à travers le monde.

Alors que 23 journalistes ont été tués dans des zones de conflit en 2022, l’Unesco relève que la forte augmentation globale du nombre de meurtres a eu lieu principalement dans des pays exempts de conflits armés. Leur nombre a presque doublé, passant de 35 cas en 2021 à 61 en 2022, et représente à lui seul les trois quarts de l’ensemble des meurtres commis l’an dernier. Les journalistes ont été assassinés pour des raisons diverses, notamment en représailles pour des reportages sur le crime organisé, des conflits armés, la montée de l’extrémisme, ou la couverture de sujets sensibles tels que la corruption, les crimes environnementaux, les abus de pouvoir ou les manifestations.

« Les autorités doivent redoubler d’efforts pour mettre fin à ces crimes et veiller à ce que leurs auteurs soient condamnés, car l’indifférence est un facteur important de ce climat de violence », a déclaré Audrey Azoulay, Directrice générale de l’Unesco. Le rapport de l’Unesco sur les tendances mondiales en matière de liberté d’expression 2021/2022 souligne qu’outre les assassinats, les journalistes continuent de subir de multiples formes de violence, telles que les enlèvements, les détentions arbitraires, le harcèlement juridique ou la violence numérique, en particulier à l’encontre des femmes journalistes. Il note aussi que les lois contre la diffamation, la cyber-diffamation et la diffusion de « fausses informations » sont parfois utilisées comme un moyen de limiter la liberté d’expression, en instaurant un environnement néfaste pour les journalistes. « L’Unesco condamne et contrôle les suites judiciaires données à chaque meurtre de journaliste», lit-on sur https://news.un.org/fr.

Guy Modeste DZUDIE(Jade)

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