CAMEROUN, 20 FÉVRIER 2000- 20 FÉVRIER 2016: 23 APRÈS, LES CICATRICES DU COMMANDEMENT OPÉRATIONNEL DEMEURENT 

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Correspondance : Hugues Seumo

Douala, capitale économique du Cameroun,  ce mois de février 2023, il n’est que 7 heures, mais le lieu dit « Esplanade Omnisport » connaît déjà une animation toute particulière. Des camions stationnés attendent des éventuels clients. Idem pour les pousseurs et quelques mototaxis qui font les va et viens. L’un des endroits de cette esplanade non loin de l’entrée principale du stade de la réunification est soigneusement évité par les usagers de la place. 

La raison de cette attitude, c’est que c’est ici qu’au bout du petit matin du 16 mars 2000, trois jeunes dits « innocents » avaient été fusillés par les éléments du Commandement Opérationnel. 

A PK 12, chez les Henry Chia, la photo de l’illustre disparu dont on avait découvert le corps à Log Bessou le 22 mars 2000, reste encore accrochée dans sa chambre familiale, devenue inoccupée depuis lors et transformée par ses parents en lieu de recueillement.

23 ans après l’instauration du Commandement opérationnel à Douala, les exactions commises par les éléments de cette unité demeurent gravées dans le subconscient collectif des habitants de Douala, la capitale économique camerounaise.

Face à la recrudescence du grand banditisme, le Président de la République avait  signé le décret n° 2000/0027 du 20 février 2000 portant création et organisation du Commandement Opérationnel (C.O). Cette unité spéciale de l’armée, dirigée par le Général Mpay dans la province du Littoral, aujourd’hui région du littoral, qui  avait officiellement pour mission de repérer les grands bandits connus, les armes et les munitions placées chez certains individus, récupérer les tenues militaires, les fausses cartes professionnelles et d’identité, faire les enquêtes préliminaires et objectives pour démanteler les réseaux du grand banditisme, assainissant le corps des hommes en tenue, en  limitant le trafic d’armes par le démantèlement des réseaux, en jugeant objectivement tous les suspects (corrupteurs et corrompus) et en mettant enfin sur pied un Tribunal Spécial capable de juger en plénière tous les suspects.

Cependant, les méthodes de fonctionnement qui seront employées vont provoquer de graves violations de la dignité et de la vie de bien des gens.

Pour la FIDH, très vite le Commandement Opérationnel se transformera en effet, en un Etat dans l’Etat : ses agents interviendront violemment en pleine rue, laissant des cadavres sur place.

Les exactions du «Commandement Opérationnel» (C.O)

« Avec le C.O, l’on avait noté des cas de tortures, traitements inhumains ainsi que des exécutions et des disparitions  diverses », pouvons-nous  lire dans la copie de la plainte contre Paul Biya et consorts déposée en Belgique en 2001 par  le  Collectif national contre l’impunité au Cameroun.

Selon la même source, avec le C.O, certains quartiers de la ville de Douala sont devenus  des lieux réguliers d’exécutions extrajudiciaires (Youpwe, Log-Bessou, route de la Dibamba, Bassa, Petit Nkam, Carrefour Ange Raphaël, Bépanda…). Les exactions sont nombreuses : rafles pendant lesquelles les gens sont humiliés, bastonnés voire emmenés au Commissariat et entassés dans des cellules minuscules(s’ils ne peuvent pas monnayer leur liberté). Certains sont torturés (parfois à mort), d’autres exécutés et enterrés dans des fosses communes.

En novembre 2000, près de l’aéroport de Douala, un charnier contenant 36 corps a été découvert. Douze fosses communes ont ensuite été localisées. 

Des témoins ont été obligés de se taire sous la menace. 

Des familles, prévenues de la mort d’un de leurs membres, se sont vues interdire de faire le deuil de leur parent ou fils. Les autorités du Commandement Opérationnel ont, à plusieurs reprises, tenté de nier ou de camoufler ces exactions, arguant même quelquefois de la légitime défense ou bien ont attribué les nombreux cadavres découverts sur les trottoirs ou dans les broussailles par des citoyens à des règlements de compte entre gangs ennemis. 

D’autres sources camerounaises ont insinué que les corps découverts dans les charniers avaient été retirés de la morgue de l’hôpital central et placés là pour discréditer les forces de l’ordre. (1)

Le 23 janvier 2001, 9 jeunes gens, Chia Efficence, Kuete Jean Charly, Ngouoffo Frédéric, Kouatou Charles Ruben, Kuate Fabrice, Etaha Marc, Kouatou Elysée Herbert, Tchiwan Jean Roger et Chia Nain, ont disparu après avoir été arrêtés par le capitaine Abah. Ils étaient officiellement soupçonnés d’avoir volé une bouteille de gaz mais en réalité, selon le rapport de la FIDH sur cette affaire, la police voulait faire croire à l’opinion publique qu’elle avait arrêté les 9 grands bandits qui alors, faisaient la loi dans le quartier. Les corps n’ont jamais été retrouvés.

Ces disparitions ont été le détonateur pour mobiliser l’opinion nationale et internationale. Des manifestations ont eu lieu à Douala pour protester contre l’absence de réactions des autorités face au comportement du C.O.

En un an, le  » CO « , aurait procédé à un millier d’exécutions sommaires sur des petits délinquants ou supposés tels. 

Selon l’Action Chrétienne pour l’Abolition de la Torture (ACAT), qui a mené des investigations sur-place avec l’Eglise et les familles des victimes, cinq charniers auraient déjà été identifiés, principalement dans la région de Douala. 36 corps auraient été découverts près de l’aéroport de Douala. 

Depuis avril 2000, un nombre croissant de disparitions et d’assassinats ont été rapportés dans ce pays (un demi-millier, au moins, rien que dans la région de Douala). Le cardinal Christian Tumi, archevêque de cette ville à l’époque, avait protesté publiquement auprès des autorités du pays. (2)

Quid l’affaire des 9 disparus de Bépanda

L’affaire des neuf de Bépanda remonte à la nuit du 22 au 23 janvier 2001. Cette nuit-là, des forces de l’ordre du C.O, avaient enlevé, à leurs domiciles neuf jeunes gens.

Ces jeunes avaient été enlevés  au motif d’avoir volé une bouteille de gaz domestique. Ils seront conduits à la BRT (Brigade de Recherche Territoriale) de BONANJO par les unités du Commandant ABBA NZENGUE. Ils y séjourneront pendant deux jours jusqu’au 26 janvier 2001 à 14 heures  où ils seront transférés à la base du Commandement opérationnel à BONANJO (2ème région militaire) pour être entendus des actes qui leur étaient reprochés (vol d’une bouteille de gaz domestique).(3)

Les familles n’auront plus les traces des 9 jeunes gens depuis ce jour. Malgré les pressions organisées, il n’en sera rien. Un contact (militaire au Commandement opérationnel) laissera filtrer la nouvelle selon laquelle les 9 ont été sortis puis conduits à LOGBAJECK lieu où ils ont été exécutés. La nouvelle fait grand bruit et les familles sont embarrassées, troublées. Pourtant, une rumeur annonce qu’ils sont vivants au KOSOVO. (NDLR, Cellule célèbre de part son atrocité à Douala au Cameroun)(3)

Correspondance : Hugues Seumo

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