Cameroun – Assassinat de Martinez Zogo: A l’Ouest, les journalistes secoués par la « monstruosité » de l’intimidation

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Assassinat de Martinez Zogo

A l’Ouest, les journalistes secoués par la « monstruosité » de l’intimidation

L’onde de choc suite à l’assassinat du chef de la de radio

Amplititude Fm basée à Yaoundé s’est manifestée avec une forte

amplitude dans la région de l’Ouest.

Michel Eclador Pékoua, directeur

de publication du journal régional Ouest-Echos, affirme qu’en trente

ans de pratique du journalisme au Cameroun, il n’a jamais vu une telle

atrocité.

Christèle Yimga, journaliste employée à Radio Batcham à Bafoussam et

membre du bureau national du Syndicat des journalistes du Cameroun

(Snjc), paraît tétanisée suite à l’annonce de la découverte aux

premières heures de la matinée, dans une banlieue de Yaoundé,  de la

dépouille de Martinez Zogo, journaliste, animateur de l’émission «

Embouteillage » et chef de chaîne de la radio Amplitude Fm, un media à

capitaux privés émettant dans la ville de Yaoundé. Enlevé le 17

janvier dernier autour de 21 h par des inconnus et embarqué dans une

automobile (une Prado), l’homme de médias a été  assassiné par ses

bourreaux. L’adhérente du Snjc laisse entendre qu’elle pourrait

abandonner la pratique du journalisme pour se consacrer entièrement  à

une activité secondaire qu’elle exerce déjà pour joindre les  deux

bouts. Elle s’indigne :  « Pourquoi prendre le risque de mourir pour

une profession mal rémunérée au Cameroun. Je ferais mieux de me

concentrer sur la vente de poulets braisés.»

« Devrons-nous reculer face à tout ceci ? »

Occupé à la relecture de quelques textes dans une imprimerie de

Bafoussam, ce dimanche 22 janvier 2023, Michel Eclador Pékoua,

directeur de publication du journal Ouest-Echos, clame son indignation

: «Je pratique ce métier depuis une trentaine d’années. Je n’ai jamais

vécu une telle atrocité à l’endroit d’un journaliste. Il y a eu

négation de la dignité humaine », réagit-il. Avant de poursuivre : «

Ce qui s’est passé ne doit pas intimider les journalistes. Le

journaliste est par essence un vecteur de la transformation sociale à

travers la pratique de son métier. Il doit dénoncer les prévaricateurs

de la fortune publique. Dans l’exercice de ses fonctions, le

journaliste doit faire montre de courage. Certes, il est exposé à la

répression et à l’oppression, mais s’il a la vocation il ne doit pas

renoncer.»Il sait de quoi il parle : Michel Eclador Pékoua a été gardé

plusieurs  fois dans les cellules des unités de police ou de

gendarmerie ; il a été condamné et jeté dans les prisons de Douala et

de Bafoussam. Ce qui le pousse à  établir que l’Etat du Cameroun ne

manifeste pas une propension visible en matière de protection et de

sécurité des journalistes comme l’exige l’Organisation des nations

unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).  Du côté de

la ville universitaire de Dschang, Symaro Mebego, directeur de

publication de  « Menoua Actu », un journal multimédia qui se veut  «

à l’écoute du citoyen », crie lui aussi son indignation : »Le cas

Martinez Zogo nous interpelle tous : on se demande si nous allons

continuer d’exercer dans un pays où la vie est amèrement méchante,

dans un pays où on liquide les pauvres citoyens dans l’exercice de

leur profession et de surcroît prônant la vérité. Quelle lâcheté de la

part de ces assassins hypocrites, méchants, sans cœur?  Devrons-nous

reculer face à tout ceci ? Que non! Nous devons rester soudés. À toi

cher aîné, va et repose en paix. »

Alexis Yangoua, journaliste multimédia exerçant principalement pour

Dbs Television, appelle le tribunal de Mfou à prendre ses

responsabilités. « Ce qui est arrivé à notre confrère Martinez Zogo

est un acte odieux qui mérite d’être condamné ; quelles que soient les

raisons qui auraient motivé le ou les auteur(s) et leurs

commanditaires. Toutefois, je ne voudrais pas m’ériger en procureur

pour porter des soupçons sur qui que ce soit.  Mais, s’il s’avère que

ce crime crapuleux digne de l’œuvre des adeptes de Belzébuth, a pour

intention de faire taire les microphones, d’assécher les plumes et de

boucher les objectifs des caméras, alors il y a lieu de s’indigner

face une tentative de musellement de la presse. Nous osons croire que

le tribunal de Mfou, qui, dit-on, est à pied d’œuvre, nous présentera

dans un délai raisonnable les auteurs et actionnaires d’une telle

entreprise. Beaucoup de courage à la famille du défunt. » « Sur un

point purement politique, nous exhortons le Président de la République

d’être lui même le maître de la transition au sommet de l’État.

L’expérience, dont la Providence lui a fait grâce, le lui permet. Pour

dire que tout ce qui se passe pourrait être lié à la bataille de

succession », conclut-il.

Flore Kengne Kamga, journaliste exerçant pour Prime Time Télévision,

une chaîne nationale, a le souffle presque coupé lorsque le sujet de

l’assassinat de Martinez Zogo est évoqué.   « Face à cette

monstruosité sans nulle autre pareille, j’ai même peur de me

prononcer, tellement ça fait froid dans le dos. Loin de la liberté

d’expression, c’est comme si ces sauvages cherchent à nous prouver

qu’ils tiennent nos vies dans leurs pommes de main. Par ces temps, la

méthode « chiens en meute » doit être notre principal guide. Que

justice soit rendue et que le sang du défunt se transforme comme du

cèdre pour  l’éveil des consciences dans un pays où la terreur devient

le mode opératoire de ceux qui veulent le pouvoir à tout prix et à

tous les prix (détournements massifs des deniers publics). Que les

Organisations de défense des droits de l’Homme fassent leur travail.»

Cet appel n’est pas loin des préoccupations de la Ligue des droits et

libertés, une organisation de défense des droits humains basés à

Bafoussam qui a déclaré dans un communiqué publié le 22 janvier que «

la liberté d’expression est en danger au Cameroun » et que  « la série

noire continue ».

Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et le

danger d’impunité

Cet assassinat vient  rappeler à la conscience nationale la

disparition de nombreux autres journalistes dont récemment Bibi Ngotta

et Wazizi etc.  qui ont trouvé la mort dans des circonstances

similaires. Il vient également remettre au goût du jour les conditions

d’insécurité multiformes dans lesquelles exercent les hommes de media

dans notre pays. Enfin, il interpelle au premier chef les autorités

judiciaires qui ont toujours fait preuve de laxisme  en pareilles

occasions, «  Elles doivent prendre leurs responsabilités pour faire

la lumière sur ce crime odieux », lit-on dans le communiqué signé par

le directeur exécutif de la ligue des droits et libertés (Ldl),

Charlie Tchikanda, chevalier de l’Ordre de la Valeur. «La Ldl condamne

avec la plus grande fermeté cet acte barbare et exprime ses vives

préoccupations  face à la recrudescence de l’insécurité et des crimes

crapuleux dans notre société. Dans un Etat de droit nul  ne  devrait

perdre  sa vie parce qu’il a exprimé son opinion ou parce qu’il a pris

la parole en public », poursuit l’auteur du communiqué.  La Ldl,

rappelle que le journalisme est un métier protégé par des instruments

nationaux et  internationaux  notamment la loi N°90/052 du 19 décembre

 1990 sur la communication sociale et  la Convention internationale

pour la Sécurité et l’indépendance des journalistes et des autres

professionnels des médias à laquelle le Cameroun est partie prenante.

Elle invite le gouvernement à prendre des mesures urgentes et

appropriées pour préserver les acquis  issus de la lutte héroïque que

le peuple camerounais a menée et continue de mener  pour la

restauration et la promotion  de la liberté d’expression, de la

démocratie  et des droits de l’homme  au Cameroun. Cette prise de

position de la Ldl va dans le sens de l’article 19 du Pacte

international relatifs aux droits civils et politiques qui consacre le

droit à l’information et la liberté d’expression. « 1. Nul ne peut

être inquiété pour ses opinions. 2. Toute personne a droit à la

liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de

recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce,

sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite,

imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix », édicte

le texte Onusien.  La charte africaine des droits de l’homme et des

peuples abonde dans le même sens. Car selon  son article 9 : « 1.

Toute personne a droit à l’information. 2. Toute personne a le droit

d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et

Règlements. »

La Déclaration de Principes sur la Liberté d’Expression en Afrique  en

son point XI est plus explicite sur la question des attaques

perpétrées contre les journalistes. « Les attaques telles que le

meurtre, le kidnapping, l’intimidation et la menace contre des

journalistes ou d’autres personnes exerçant leur droit à la liberté

d’expression ainsi que la destruction matérielle des installations de

communication, sape le journalisme indépendant, la liberté

d’expression et la libre circulation des informations vers le

public.2.Les Etats sont dans l’obligation de prendre des mesures

efficaces en vue de prévenir de telles attaques et, lorsqu’elles sont

perpétrées, de mener une enquête à cet effet, punir les auteurs et

veiller à ce que les victimes aient accès à des recours efficaces »,

précise-t-on dans ce document.   A travers un communiqué de presse

publié le 16 janvier 2023 sur son site, l’Unesco fait savoir que   les

meurtres de journalistes ont augmenté de 50 %, la moitié d’entre eux a

été commise hors du cadre professionnel. D’après cette organisation,

quatre-vingt-six journalistes et professionnels des médias ont été

tués dans le monde en 2022 – soit un tous les quatre jours, selon les

données de l’UNESCO, ce qui souligne les graves risques que continuent

de courir les journalistes dans l’exercice de leur fonction et leur

grande vulnérabilité. Promouvoir la sécurité des journalistes et

combattre l’impunité des auteurs d’attaques contre les journalistes et

hommes des médias sont des actions centrales dans le soutien de

l’UNESCO à la liberté de la presse et à la liberté d’expression. La

Protection des journalistes est menée suivant  le Plan d’action des

Nations Unies sur la sécurité des journalistes et le danger

d’impunité, conformément aux engagements internationaux pertinents et

ratifiés par le Cameroun dont le gouvernement à travers un communiqué

est engagé à traquer les bourreaux qui ont mis fin  à la vie de

Martinez Zogo, courant ce mois de janvier 2023.

Guy Modeste DZUDIE(Jade)

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