Cameroun – Disparition de Samuel Wazizi: Le Comité de protection des journalistes dénonce le laxisme de l’Etat

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Selon Angela Quintal, coordonnatrice  du programme Afrique du comité pour la protection des journalistes (Cpj), le gouvernement camerounais a dissimulé pendant plusieurs mois la mort de Samuel Wazizi malgré les demandes répétées de ses proches. Pour elle, le Président de la République du Cameroun, « Paul Biya, a promis une enquête. Mais quatre ans plus tard, il n’y a eu ni responsabilité ni transparence… »

« Nous continuons d’exiger justice pour un jeune journaliste talentueux, dont le seul crime était de raconter l’histoire des gens dans un pays où la presse est régulièrement étouffée.» Quatre ans après l’annonce de la disparition de Samuel Wazizi, Mimi Mefo Takambou, promotrice du site d’informations en ligne, www.mimimefoinfo.com,  ancienne journaliste vedette anglophone à Équinoxe Télévision, exilée en Angleterre à la suite d’un Tweet en rapport avec la crise anglophone au Cameroun et d’une incarcération, revendique justice à l’instar de nombreux autres hommes et femmes des médias et défenseurs des droits humains. Cette journaliste poursuit en dénonçant tout le système politique camerounais qui embrigade les médias indépendants, vecteurs de démocratie, de transparence et de bonne gouvernance : «L‘actuel président du Cameroun, Paul Biya, est au pouvoir depuis plus de quarante ans. Le pays manque de bonnes routes et d’une bonne eau, d’électricité, d’emplois, de soins de santé et d’opportunités pour les jeunes. Les journalistes engagés et indépendants qui en parlent sont qualifiés d’ennemis de l’État, arrêtés et envoyés en prison.» Flore Kengne Kamga, cyber-journaliste basée à Bafoussam et promotrice du site d’informations en ligne, www.relais237.com ,   ne cesse, elle-aussi, d’exprimer son indignation face aux diverses menaces et crimes commis contre les journalistes au Cameroun ces dernières années.

Le déni de justice suite à l’affaire Wazizi rentre dans ses préoccupations lors des débats sur la toile ou dans l’espace public. Selon cette journaliste qui vit dans la région de l’Ouest,  les meurtres constituent la forme la plus extrême de censure des médias. Les journalistes sont également confrontés à d’innombrables menaces, allant de l’enlèvement, de la torture et d’autres agressions physiques au harcèlement, notamment dans la sphère numérique.  Flore Kengne Kamga soutient par ailleurs que les  menaces de violence et les attaques contre les journalistes en particulier créent un climat de peur parmi les professionnels des médias, entravant la libre circulation des informations, des opinions et des idées au sein de la population. « Dans de nombreux cas,  déplore la responsable éditoriale et rédactionnelle de www.relais237.com,  les menaces de violence et les attaques contre les journalistes ne font pas l’objet d’enquêtes appropriées, ce qui conduit trop souvent à des agressions plus graves, voire à des meurtres. »

L’armée annonce sa mort 10 mois après…

Ces  revendications relatives à l’indépendance des médias et au droit à  la sécurité des journalistes  sont  aussi portées par le comité pour la protection des journalistes basé à New-York aux Etats-Unis d’Amérique. Relativement au cas du journaliste  Samuel Wazizi, mort en détention gouvernementale le 17 aout 2019,  cette organisation a publié un  rapport en date du 17 aout 2023. Elle indique qu’ « il n’ya eu aucune enquête crédible sur sa mort. Sa famille mérite des réponses ». Des rapports documentés, selon le Comité pour la protection des journalistes, expliquent que la police camerounaise a arrêté le 2 août 2019 Samuel Wazizi,dont le nom inscrit à l’état civil est Samuel Ajiekha Abuwe, pour«collaboration avec des séparatistes ».L’opinion se rappelle que, ses derniers mots à un ami,  étaient : « Ne me laisse pas mourir ici. » Après sa garde à vue militaire le 7 août 2019, le CPJ a déclaré que « les amis, la famille, les collègues et l’avocat de Samuel Wazizi n’ont eu aucun contact avec lui, et n’ont reçu aucune mise à jour officielle sur son cas jusqu’à ce que l’armée publie une déclaration, 10 mois plus tard, de son décès par septicémie, le 17 août 2019».

Quatre ans plus tard, les collègues sont toujours sans informations fiables. Les membres de la famille n’ont jamais pu enterrer Wazizi.

Approché par Journalistes en Afrique pour le développement(Jade), un agent de la sécurité militaire indique que cette unité qui relève du ministère de la défense dispose de la compétence pour traiter des affaires qui impliquent des civils comme Wazizi, surtout lorsqu’elles sont relatives aux questions sécuritaires. Selon lui, le travail doit se faire en respect des règles de la procédure pénale. « A la Semil, il y a des gendarmes qui maîtrisent bien le code de procédure pénale », explique-t-il. Pour l’avocat de la famille Wazizi, Me Eduard Liwanga Ewule, toute la lumière doit être faite sur ce meurtre.  D’ailleurs le collectif des avocats du journaliste camerounais mort en détention avait exigé, courant 2019, devant le tribunal de grande instance de Buea (Sud-Ouest) qu’une enquête soit ouverte «sur la cause de son décès». Selon eux, le tribunal qui répondait à leur demande d’habeas corpus, émise avant l’annonce du décès de leur client, s’est contenté de citer un communiqué publié par l’armée camerounaise  qui affirmait que leur client est mort deux semaines après son arrestation, en août 2019. L’armée l’accusait d’avoir agi comme «logisticien de divers groupes terroristes» dans l’ouest anglophone, déchiré par le conflit séparatiste.

Six ONG camerounaises et quatre ONG internationales, dont Human Rights Watch et Amnesty International, demandaient également une enquête «indépendante, efficace, approfondie et impartiale» dans un communiqué commun. «Nous sommes toujours choqués que les autorités aient fait disparaître Wazizi et dissimulé sa mort durant 10 mois», affirmait dans ce communiqué Felix Agbor Nkongho, Président du Centre pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique (CHRDA). A Yaoundé, Douala et Buea, des journalistes s’étaient rassemblés  pour demander une enquête, à l’appel du Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC).

Affaiblissement de l’État de droit et du système judiciaire

Selon le site d’informations, https://www.un.org/fr/observances/end-impunity-crimes-against-journalists, pour commémorer la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes de 2022 et le 10e anniversaire du Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité, une conférence de haut niveau  a été organisée les 3 et 4 novembre 2022 à Vienne, en Autriche. Lutter contre les menaces de violence et de crimes à l’encontre des journalistes pour protéger la liberté d’expression pour tous a été l’ossature de cette conférence.

Mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes constitue l’un des enjeux les plus pressants pour garantir la liberté d’expression et l’accès à l’information pour tous les citoyens.  Entre 2006 et 2020, plus de 1 200 journalistes ont été tués dans le monde et près de 9 cas sur 10 n’ont pas été élucidés, selon l’Observatoire de l’UNESCO des journalistes assassinés.  Ce cycle de violence à l’encontre des journalistes est souvent révélateur d’un affaiblissement de l’État de droit et du système judiciaire.

Ce chiffre n’inclut pas les nombreux autres journalistes qui, quotidiennement, subissent des agressions non mortelles, y compris la torture, la disparition forcée, la détention arbitraire, l’intimidation et le harcèlement, que ce soit en situation de conflit ou non. En outre, il existe, pour les femmes journalistes, des risques spécifiques, notamment les agressions sexuelles.

Lorsqu’elles restent impunies, l’UNESCO s’inquiète que les agressions de journalistes envoient aux gens ordinaires un message très négatif selon lequel s’ils diffusent une « vérité embarrassante » ou des « opinions indésirables », ils s’attireront des problèmes. En outre, la société perd confiance dans son propre système judiciaire, censé défendre les droits de chacun. Les auteurs de crimes contre des journalistes s’enhardissent donc lorsqu’ils se rendent compte qu’ils peuvent agresser leurs cibles sans jamais être traduits en justice.

En outre, les systèmes judiciaires qui enquêtent fermement sur toutes les menaces de violence à l’encontre des journalistes envoient un message fort, à savoir que la société ne tolérera pas les attaques contre les journalistes et contre le droit à la liberté d’expression pour tous.

La sécurité des journalistes et la question de l’impunité

A la lecture de https://www.un.org/fr/observances/end-impunity-crimes-against-journalists, on souligne que  le Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité est le premier effort concerté au sein des Nations Unies pour lutter contre les attaques et l’impunité des crimes contre les journalistes, avec une approche multipartite et intégrée. La protection des journalistes fait également partie du Programme 2030 pour le développement durable. Le Plan a également contribué à la constitution de coalitions internationales de gouvernements et de la société civile et a servi à susciter des changements sur le terrain, comme la création de mécanismes nationaux de sécurité dans au moins 50 pays. Malgré ces avancées, des défis subsistent. Le taux élevé d’impunité pour les crimes contre les journalistes persiste et de nouvelles formes de menaces se développent de manière inédite. Le dixième anniversaire   a été une étape importante pour réaffirmer, recommander et repositionner les efforts visant à faire progresser le plan des Nations Unies. On attend donc impatiemment le 11eme anniversaire prévu au mois de novembre 2023.

Guy Modeste DZUDIE(Jade)

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