Cameroun: Plus de 100 élèves abandonnent l’école pour devenir orpailleur à Adamaoua

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98 élèves, tous du primaire et du secondaire, ont déposé leurs cahiers et stylos au cours de l’année 2020-2021. La raison est toute simple. Selon eux, l’école n’est plus pourvoyeuse d’emplois. Parcourir de longues distances ou traverser des obstacles, avec tous les risques possibles, serait plus facile pour les élèves dans l’Adamaoua qu’emprunter la route de l’école. Ce sont des enseignants et parents d’élèves désemparés que nous avons rencontrés dans la commune de Martap. Ils nous expliquent le problème.

40 élèves au primaire et 58 élèves dans les lycées et collèges, tous sexes confondus. Ce sont là, les chiffres qui laissent la communauté éducative de la commune de Martap  dans l’angoisse. Des enfants de 10, 11, 12 ans quittent leur village pour aller dans les mines d’or. « Monsieur le journaliste, merci beaucoup de venir nous faire dire ce que nous avons envie de dire il y a très longtemps. Ou encore, nous ne savons pas à quel saint nous vouer », ce sont les termes du président des parents d’élèves de l’école publique de Martap. « Les élèves n’aiment plus l’école. Nos enfants de CM1 et CM2 abandonnent l’école en pleine composition pour aller à la recherche d’un bonheur incertain» ajoute notre interlocuteur.

Agir au plus vite

Pour le président APE, les élèves sont les premiers responsables. Les parents viennent en deuxième position. Il appelle les autorités à agir au plus vite. « Ceux qui partent à l’aventure minière ont un âge compris entre 10 et 25 ans », selon un habitant de la localité. BOUNA BERTRAND , élève en classe de troisième d’ajouter : « J’ai des camarades qui ont quitté l’école et une année après ils sont revenus dans la cour de l’école pour présenter leurs motos. Cela crée des envies. »

La directrice d’une autre école, affirme avoir enregistré 34 abandons (18 garçons et 14 filles) dans son école. Pour elle, les parents sont complices. « Les parents et les enfants n’ont plus confiance en l’école. Et cela s’explique aussi par l’extrême pauvreté et l’ignorance» explique notre interlocutrice.

Pour l’enseignant, le sacrifice de l’éducateur est mis à rude épreuve. « Je suis découragé de voir que ce sont nos meilleurs élèves qui abandonnent en pleine année scolaire ». Il continue en disant que le gouvernement doit revoir le système éducatif car les enfants veulent ce qui rapporte à l’instant, immédiatement.

Le maire de Martap, ne cache pas son désarroi : plus de 100 abandons pour l’année scolaire 2020-2021 est un choc pour sa commune. L’orpaillage et le goût de l’aventure sont les causes profondes de l’abandon scolaire. Pour le bourgmestre, le taux d’abandon est en augmentation permanente. En plus de l’abandon, il y a un trafic d’enfants qui ne dit pas son nom, dénonce M. Nana Missa . Il invite l’État à augmenter les postes de contrôle.

L’abandon scolaire a des conséquences

Selon un spécialiste de l’éducation dans l’Adamaoua, il existe beaucoup de conséquences. Des morts brutales sur la route du voyage dues à la distance, des décès dans les sites d’orpaillage et des maladies contractées. « Nous avons peur car nous ne savons pas ce que deviendront nos enfants demain. Beaucoup d’enfants meurent dans les sites d’orpaillage. Il y a des enfants qui reviennent bredouilles et ne veulent plus reprendre l’école. Il y a un trafic d’enfants avec ses conséquences », déplore le maire.

De nombreux éducateurs se demandent : quel réseau convoie ces enfants du village vers les sites d’or? Combien d’enfants sont recrutés de façon clandestine avec la bénédiction ou non de leurs parents ?

Pour Gazeti237, une correspondance particulière de Brahim depuis Ngaoundéré

Réactions :

Satou Moui Marthe 

C’est vraiment triste. Malheureusement que le phénomène prend de l’ampleur et progresse vers d’autres ville de la Région. Cet état de fait est la preuve que le gouvernement et ses partenaires au développement doivent doubler d’effort pour la création des emplois au profit des jeunes. Les jeunes observent que beaucoup de leurs grands frères qui ont fini les études ne travaillent pas. Du coup, la confiance des parents vis à vis de l’école s’amenuise. Ils sont donc peu regardants sur le suivi des études de leurs enfants.

OUZAINA AMINATOU 

Il faut soutenir franchement les jeunes qui ont fini leurs études à trouver du travail ou à créer des micros entreprises. Cela peut inspirer les jeunes élèves. Aussi, renforcer le contrôle sur le travail des enfants dans les mines est une urgence avec à l’appui des sanctions à l’endroit des recruteurs sur les sites d’or.

MICHAEL MARAS 

Très triste réalité. Vraiment désolant comme phénomène. Les seuls responsables de cette situation sont les parents (adultes) et le système scolaire inadapté et désuet. Comment des enfants de 10 ans, 11 ans ou 15 ans qui n’ont pas encore fini de jouer, ne peuvent avoir pour obsession que « l’argent tout de suite » ? C’est là que devraient intervenir les personnes ressources de la région et des communes concernées.

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