Le billet de la semaine: LE CAMEROUN EST-IL PROCHE DU DÉFAUT DE PAIEMENT?

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L’agence de notation financière américaine Moody’s, officiellement Moody’s Corporation, est très connue dans le monde a l’heure. Ses principaux concurrents sont Standard & Poor’s (S&P). Elle possède 40 % de parts de marché en la matière et sert de référence autant pour les bailleurs de fonds internationaux que pour les principales places financières mondiales. C’est dire que son opinion a du poids

Le vendredi 27 juillet dernier, elle a baissé de deux crans la note du Cameroun de B2 à Caa1 indiquant que le gouvernement faisait face à des difficultés de trésorerie lesquelles ont orchestré des retards de paiement au titre du service de la dette extérieure à la fin de 2022 et en 2023. Une situation qui rapproche le Cameroun de plus en plus du defaut de paiement. Cette note qui classe le pays dans la catégorie « Hautement risqué », suppose que Yaoundé paiera des coupons plus chers sur ses euro-obligations et en cas de nouvelle émission, les intérêts demandés par les investisseurs devraient être plus corsées. Une mauvaise nouvelle pour le pays et le gouvernement qui prévoit avant la fin de cette année un emprunt en devises de 200 milliards de FCFA.

Les retards pointés par Moody’s concernent les emprunts dues à Deutsche Bank Spain, un créancier privé dont l’encours vis-à-vis du pays est de 20,75 milliards FCFA à fin juin selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA). « Les paiements manqués sont intervenus après une série de demandes de liquidités adressées au gouvernement, notamment des subventions plus élevées pour le carburant et une augmentation des dépenses hors budget pour des besoins de sécurité croissants » tempête Moody’s.

Les dépenses destinées à subventionner les prix à la pompe ont atteint un pic de 700 milliards de FCFA en 2022 en raison de l’envolée des prix de l’or noir sur le marché international. Yaoundé a procédé depuis février 2023 à une augmentation des prix en vue de réduire sa subvention, mais selon Moody’s il faudrait une suppression totale pour évacuer les risques qui pèsent actuellement sur les finances publiques. Dans sa note, l’agence a également évoqué la persistance des crises dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême Nord qui « créent d’importantes pressions sur les dépenses hors budget et pèsent sur les ressources liquides disponibles du gouvernement », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’il y avait « une très faible capacité de gestion de la trésorerie et de la dette ».

« La note Caa1 du Cameroun reflète la faible efficacité de sa politique budgétaire et la faiblesse de son cadre institutionnel malgré certains progrès dans le cadre du programme actuel du FMI visant à améliorer la discipline budgétaire et à élargir l’assiette fiscale, des progrès limités ont été réalisés dans l’amélioration de la capacité de gestion de la trésorerie, réduisant sensiblement l’encours de la dette contractée mais non décaissée ou améliorant la gouvernance des entreprises publiques », précise l’agence.

Quelles peuvent être les conséquences de cette mauvaise notation pour le Cameroun?

La loi des finances rectificative de ce mois de juin, autorise le Trésor public à mobiliser 200 milliards de FCFA sur le marché international des capitaux, à travers un placement privé. A ce sujet, le gouvernement compte s’attacher les services d’un intermédiation de renom, a savoir Rothschild & Co.

En lieu et place d’un eurobond, comme en 2015 et 2021, le gouvernement a opté pour un prêt en syndication auprès des banquiers et autres institutions financières. La baisse de la note du Cameroun par Moody’s signifie qu’il faudra que le gouvernement s’attende à des coûts bien plus élevés que prévus.

Ensuite, le déclassement concerne également les emprunts en monnaie locale. Sur le marché domestique de la dette, les conditions de financement sont de plus en plus difficiles. Pressé en amont par la banque centrale qui mène une politique monétaire agressive, les investisseurs (principalement les banques commerciales) ont renchérit le coût du crédit sur le marché domestique depuis le début de l’année. Émetteur de dette de référence, le Cameroun n’échappe pas à cette dynamique. Selon un récent rapport de la BEAC, le coût moyen des BTA du pays a doublé en 1 ans passant de 2,68% en juin 2022 à 4,67% un an plus tard. Il n’est donc pas exclu qu’au lendemain de cette notation, les investisseurs durcissent davantage leurs conditions d’emprunt vis-à-vis du Cameroun. Le pays est l’émetteur de dette de référence pour le marché régional qui utilise un fonds d’amortissement à la BEAC pour le remboursement de sa dette à moyen et à long terme. Ce qui garantit le mécanisme de remboursement. Mais les investisseurs pourraient désormais mitiger ce critère. D’où des nuages en perspective pour le financement du déficit budgétaire camerounais.

Enfin, entre les mois de septembre et novembre 2023, le Cameroun doit rembourser près de 390 milliards de FCFA de dettes échues à ses principaux créanciers aussi bien locaux qu’extérieurs. Sur cette enveloppe que vient de publier la CAA, 306,4 milliards représentent le principal de la dette contre 80,4 milliards pour les intérêts.

Même si jusqu’ici aucune réaction ne vient du côté du gouvernement depuis que ces vents contraires sont annoncés, il n’empêche que la mauvaise notation du Cameroun par Moody’s ainsi que ses conséquences représentent pour lui un souci de premier ordre auquel il va trouver des solutions par tous les moyens s’il ne veut pas du jour au lendemain se retrouver en position de défaut de paiement généralisé.

E. FOPOUSSI FOTSO

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